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Lettre ouverte - Violences obstétricales et gynécologiques: combien de temps le Québec restera-t-il silencieux?

  • Photo du rédacteur: Regroupement Naissances Respectées
    Regroupement Naissances Respectées
  • 13 juil.
  • 3 min de lecture


María José Espejo Rivas, coordonnatrice à la vie associative et à la mobilisation du Regroupement Naissances Respectées


La phase II de la recherche sur les violences obstétricales et gynécologiques et les stérilisations imposées de femmes des Premières Nations au Québec, le Rapport sur les effets de la Covid-19 sur le contexte d’accouchement au Québec du Mouvement pour l'autonomie dans l'enfantement et les données du projet PAROLES le confirment : les violences obstétricales et gynécologiques (VOG) demeurent une réalité vécue par des milliers de personnes au Québec, dans une impunité quasi totale. Alors que le mois de mai a été marqué par la Semaine mondiale de l'accouchement respecté et la Journée internationale d'action pour la santé des femmes, il est impossible de continuer à détourner le regard. Le Québec se doit d’agir!


Chaque année, de nombreuses personnes rapportent avoir vécu des soins marqués par le non-respect de leur consentement, des paroles humiliantes, des interventions imposées, des refus ou retards de soins ou encore la minimisation de leur douleur. Ces violences peuvent survenir lors d’examens gynécologiques, pendant la grossesse, l’accouchement, le post-partum ou une interruption de grossesse.


Leurs conséquences sont profondes et durables.


« Après cette expérience, je n’ai jamais osé retourner chez un gynécologue. »


« Cela m’a pris des années pour ne plus avoir de douleurs à la pénétration. »


« Les premiers mois avec mon bébé ont été très difficiles. Cette expérience a été traumatisante et aujourd’hui je me demande comment raconter sa naissance à mon enfant. »


Ces récits ne sont pas des cas isolés. Ils témoignent d’un problème systémique.

Revendiqué en amont par notre Regroupement pour documenter les besoins des personnes qui reçoivent des soins obstétricaux et gynécologiques, la recherche PAROLES révèle avec son premier volet un portrait préoccupant:  parmi les personnes participantes à l’étude, près d’une personne sur deux s’est sentie négligée ou abandonnée pendant ses soins, une personne sur deux s’est sentie obligée d’accepter des interventions proposées, et 42 % des personnes sondées disent avoir été ignorées ou traitées comme si elles n’étaient pas là.


Ces chiffres devraient provoquer un véritable électrochoc collectif.


Ailleurs dans le monde, plusieurs États, dont le Venezuela, l’Argentine, l’Uruguay et certains États du Mexique, reconnaissent les violences obstétricales comme une forme de violence fondée sur le genre. Le Portugal les a également intégrées dans son cadre légal. La Cour interaméricaine des droits de l’homme les a reconnues, dans sa jurisprudence, comme pouvant constituer une violation des droits humains. 


Au Québec, les mécanismes de plainte, d’enquête et de réparation ne sont pas effectives et aucune disposition légale ne reconnaît les violences obstétricales et gynécologiques.


Pourquoi le Québec accuse-t-il un tel retard?


Il est temps de reconnaître que les VOG ne sont pas des «accidents», mais le reflet d’un système de santé capitaliste encore marqué par le patriarcat médical, le racisme systémique, la déshumanisation des soins et le manque de respect envers l’autonomie corporelle des personnes.


Nous refusons que la souffrance des personnes concernées continue d’être minimisée.

Nous refusons que le consentement soit traité comme facultatif.

Nous refusons que des générations entières quittent leurs soins avec la peur, la honte ou le traumatisme comme souvenir.


Le Regroupement Naissances Respectées demande au gouvernement québécois :

  • de reconnaître explicitement les VOG dans le cadre légal;

  • de reconnaître explicitement que les personnes marginalisées sont exposées à un risque accru de VOG; 

  • de renforcer et de rendre plus accessible les mécanismes de plainte, d’enquête et de réparation;

  • de former l’ensemble du personnel de la santé aux principes de consentement, de dignité et de justice reproductive;

  • d’investir dans des approches de soins respectueuses, humaines et centrées sur les besoins des personnes.


Ces éléments seraient une façon concrète de réaliser l’objectif du Plan d’action en périnatalité en petite enfance. Le respect, le consentement, l'autodétermination, et l’autonomie corporelle sont des droits fondamentaux, et il est plus que temps que le Québec les garantisse réellement.


Le silence institutionnel face aux violences obstétricales et gynécologiques est aussi une forme de violence.


Il est temps que le Québec agisse.


Le Regroupement Naissances Respectées (RNR) est un regroupement féministe qui represente plus de quarante organismes et membres individuel·les partout au Quebec.


Membres co-signataires:

  • À la Source Sept-îles et Port-Cartier

  • Alternative Naissance

  • Allaitement Québec

  • Allaitement-Soleil

  • Association des étudiantes sage-femmes du Québec (AESFQ)

  • Association québécoise des doulas (AQD)

  • Bureau de consultation jeunesse

  • Chantelait 

  • Émilie Paul Zolezzi (membre à titre individuel)

  • Entraide Sein-Pathique

  • Espace MAM 

  • Fédération Nourri-Source

  • Mélanie Pelletier (membre à titre individuel)

  • Mieux-Naître Laval

  • Mouvement allaitement du Québec

  • Mouvement pour l'autonomie dans l'enfantement

  • Naissance-Renaissance Outaouais et Nourri-lait (CRP)

  • Nourri-Source Montréal

  • Réseau des centres de ressources périnatales du Québec (RCRPQ)

  • Service de Référence en Périnatalité pour les Femmes Immigrantes de Québec (SRPFIQ) 

  • Table de concertation féministe Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine

 
 
 

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