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« Mais voyons! » et (première fois qu’elle m’adresse la parole) « si tu as pu accoucher

J’ai été suivi à la maison de naissance 06.5. C’était à chacune de mes trois grossesses une expérience formidable, chaleureuse et humaine sur tous les niveaux. Je vis avec une reconnaissance profonde d’avoir eu ce privilège! Il faut dire que grâce à ces soins j’ai été donc très habituée à un toucher doux, respectueux et consensuel. Cependant, à ma troisième grossesse, j’ai eu des saignements et des contractions à 26 ou 27 semaines, et ma sage-femme m’a dit de me présenter sans attendre à l’obstétrique-gynécologie de l’hôpital 06.6 pour des examens (elle a appelé à l’avance, donc je ne suis pas passée par l’urgence). Je suis donc arrivée dans tout un état, pensant que je perdais mon bébé. La première violence que j’ai subie était donc la réception de moi et mon conjoint : on nous a dit de nous assoir sur une chaise dure dans un couloir achalandé devant le poste d’infirmières bruyant. J’avais mal (saignements et contractions!) et on avait incroyablement peur (on pensait qu’on perdait notre bébé). AUCUNE réassurance, aucun échange de la part des professionnels. Au contraire, on parlait de cas dramatiques et dérangeants devant nous (du genre: « un 123 en hémorragie dans la salle X! »), et on parlait même de mon cas devant nous comme si je n’y étais pas. C’était horrible: elles n’auraient pas pu me faire sentir plus moche, plus apeurée, plus inhumaine. Après une trentaine de minutes (pendant lesquelles personne n’a fait aucune vérification), j’ai été appelée dans une salle d’examen et j’ai attendu quasi-nue dans un froid d’air climatisé pendant une autre trentaine de minutes (encore sans vérification aucune). Mon conjoint n’a pas pu suivre au début; il a insisté. Ensuite, deux résidents sont venus. Ils ne se sont pas présentés. C’est la femme qui a fait l’examen. Elle n’a fait aucun contact, ne m’a pas regardée, ne m’a aucunement informée des gestes qu’elle s’apprêtait à poser avant le toucher vaginal (autrement dit, AUCUN consentement). Je vous rappelle mon état émotif de crise et qu’en plus j’étais gelée par l’air climatisé. J’ai eu de nombreux examens vaginaux au fils des années, incluant des avortements et un curetage de fausse couche, et JAMAIS je n’ai vécu un examen comme celui que cette résidente m’a faite. Ses mains étaient glaciales et elle est allée avec tant de force avec un outil que j’ai crié de douleur! Ensuite, par indignation « Qu’est-ce que vous faites ?! » À ce moment-là, le résident mâle a réagi, disant à sa collègue qu’elle y était allée un peu trop fort, non? Sa réaction? « Mais voyons! » et (première fois qu’elle m’adresse la parole) « si tu as pu accoucher d’un bébé de 4 kilos (ma première) t’es capable d’en prendre. » (Elle avait donc lu mon dossier!) Je lui ai dit qu’elle me faisait mal, au moins. J’avais l’impression qu’elle performait pour son collègue, qu’il fallait qu’elle soit plus « tough » qu’un homme. Elle était assez jeune, donc n’avait surement pas accouchée elle-même encore. J’ai été sous le choc. J’ai rapporté l’incident à ma sage-femme, qui en a pris note et m’a encouragée à porter plainte à l’hôpital. Je regrette de ne pas l’avoir fait, mais mon énergie était portée sur d’autres choses à ce moment-là. Voilà que je vous conte cette histoire. Je suis infiniment reconnaissante que ma réalité de base n’est pas ce genre de violence et que je sais (grâce aux sages-femmes, à une excellente généraliste et aux cliniques d’avortement empathiques) que les soins ob-gyn en toute douceur sont non seulement possibles mais entièrement souhaitables. Merci pour cette occasion de partager mon vécu.

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