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Je ne me sentais pas tout à fait en confiance avec elle durant l’accouchement, mais je ne m’attendai

De façon générale, j’ai vécu un accouchement assez « facile » comme certains diraient. C’était rapide et peu douloureux. Je remercie l’univers et mon corps de m’avoir assisté de cette façon. Par contre, je vis très mal quelques gestes qui ont été posés en postnatal immédiat et le fait de ne pas m’être sentie en confiance avec ma sage-femme principale.


Pour commencer, pendant le travail, elle m’a questionné sur la position dans laquelle je voulais pousser. Je lui ai dit que je préférais voir en temps et lieu comment je me sentais pour décider à ce moment et elle a insisté en me proposant l’option sur le dos. J’avoue qu’une des raisons pour laquelle j’ai choisi d’accoucher avec une sage-femme est pour ne pas avoir à pousser sur le dos pour des raisons que nous connaissons déjà. Je lui ai donc donné une réponse pour lui faire plaisir « à quatre pattes, peut-être » et elle m’a répondu « D’accord, mais c’est possible que je te demande de te tourner sur le dos. ». J’avoue qu’à ce moment-là le lien de confiance s’est brisé. Elle m’avait donné un faux choix, comme on le fait avec les enfants de deux ans. Je lui ai parlé du banc de naissance, mais au fond de moi, c’était déjà décidé: j’allais lui cacher mon envie de pousser pour essayer d’éviter qu’elle m’oblige à me coucher. Ça me faisait sentir plus en sécurité d’omettre de lui communiquer cette information et si elle n’était pas là, est-ce que j’aurais envoyé mon mari la chercher? Je ne sais pas, je ne pense pas, je n’aurais pas eu le temps. Heureusement, j’ai pu pousser comme je le sentais puisque ça s’est passé si rapidement que l’on n’a pas pu « me placer ».


Ensuite, en postnatal immédiat, on demande si papa veut couper le cordon et je réponds que je préfère au moins attendre la délivrance du placenta. Je sentais une tension désagréable sur mon cordon et lorsque j’ai jeté mon regard sur le cordon, j’ai été attristé de voir qu’il avait été clampé sans consentement. J’avais pourtant précisé vouloir attendre que le placenta sorte pour le couper. Je ne m’attendais pas à voir cette pince en métal froid sur le cordon et que ma fille n’a pas pu profiter de son dernier moment avec l’organe qui nous reliait et qui l’a nourri pendant tous ces mois. Ça pouvait être fait plus tard. Je ne vois pas l’utilité de le faire en avance au lieu de laisser la famille profiter de ces premiers moments avec bébé et cet organe si précieux, sans y voir accroché un objet si froid et médical. J’y repense et ça me chagrine énormément et elle fait malheureusement partie des quelques photos que j’ai de l’accouchement. Cela dit, j’avoue ne pas avoir pris le temps de présenter mon plan de naissance. Je comptais le faire le lendemain à mon rendez-vous, mais bébé a décidé d’arriver avant ce rendez-vous. Je pense que quand tout va bien, c’est encore plus facile de prendre le temps de demander le consentement de la personne qui accouche pour ce qui concerne les interventions sur elle et son bébé. Ce n’est pas parce le clamper juste après qu’il arrête de battre « ne change rien » dans le monde médical, que c’est de même à tous les niveaux. Je m’en veux de ne pas m’être exprimée en temps et lieu, mais j’essayais de maintenir une harmonie. Je ne voulais pas de confrontation durant un moment qui est supposé être si merveilleux. Je voulais profiter du moment. Et là, le vrai cauchemar commence: le massage utérin. Étant nouvellement doula et très impliqué dans le domaine périnatal, j’ai entendu parler de cette pratique rapidement, mais j’avoue ne pas m’y connaître plus que ça. On ne l’avait pas fait à mon premier accouchement et je n’en ai jamais vu un dans les accouchements auxquels j’ai assisté, même en centre hospitalier ayant la réputation d’être très interventionniste. Lorsqu’elle a commencé, sans me demander mon avis, j’ai senti une tension, pas seulement la tension que je sentais sur le cordon, mais aussi la tension au sein de l’équipe de sages-femmes. Je me disais que j’étais peut-être en danger, je craignais le transfert à l’hôpital à ce moment-là. Est-ce que j’étais à risque d’une hémorragie? Est-ce que mon placenta tardait trop à sortir? Est-ce qu’elle allait devoir me faire une révision utérine, j’ai chaud juste à y repenser. Je me suis fait mille scénarios en quelques minutes, mais j’essayais de profiter de ce moment avec mon bébé. J’ai entendu l’autre sage-femme dire que je ne saignais vraiment que peu, mais je me disais que si les autres sages-femmes ne disaient rien c’était peut-être (très étonnamment) une pratique courante dans cette maison de naissance. Ce massage a occasionné plus de souffrances que tout mon travail. Je ne pouvais pas m’empêcher de hurler et mon conjoint m’a avoué plus tard s’être demandé s’il y avait un autre enfant qui se cachait dans mon utérus tellement j’avais l’air de souffrir. Incontrôlablement, je serrais le bras de ladite sage-femme de toutes mes forces pour essayer de sentir un soulagement. Elle m’a demandé d’arrêter après un moment. J’aurais dû faire la même chose ! Sur le coup, je n’ai pas réalisé la violence de ce geste et à quel point on m’a manqué de respect, mais après coup j’ai compris que ce geste n’était pas nécessaire du tout vu qu’il n’y avait pas d’urgence. On n’a pas laissé mon corps faire son travail. À la naissance de mon fils, qui a maintenant deux ans, la délivrance du placenta était un moment très agréable. On pouvait en profiter pour connecter sereinement avec bébé, profiter de cette célébration qu’est la naissance d’une toute nouvelle famille.


Même sa sortie en tant que telle était physiquement réconfortante. Je tiens à préciser qu’en prénatal on avait pris le temps de noter à mon dossier que je ne voulais pas une gestion active du troisième stade, mais plutôt une gestion physiologique (sauf en cas d’urgence).

D’accord, je n’ai pas eu d’injection d’ocytocine, mais la physiologie n’a pas été respectée. En plus, ce geste ne semble pas être écrit explicitement au dossier. De plus, on ne m’a pas demandé mon consentement, encore une fois. Pas de choix éclairé, juste un geste effectué sans consultation sur une femme en position de grande vulnérabilité. J’avoue que ce geste hante mes nuits. Je ne cesse d’y penser quand j’ai un moment libre. Il m’arrive de pleurer en y repensant et j’ai une boule dans la gorge quand j’en parle. Ces deux événements sont peut-être anodins pour elle, mais, moi, je ne vais jamais les oublier et je lui en veux et je m’en veux énormément de ne pas avoir trouvé la force de l’arrêter.


De plus, en visite postnatale, je n’ai pas apprécié qu’elle lève mon pantalon et ma culotte pour regarder l’état de mes saignements sans me le demander après avoir palpé mon utérus. Pourtant, quand elle est rentrée, je lui avais pourtant demandé si elle allait regarder mon périnée et elle m’a répondu que non et ça m’arrangeait puisque rien ne m’inquiétait et que je n’aime pas me mettre nue sans raison, encore moins me faire dénuder.


Ce sont des gestes que je juge inacceptables et qui font maintenant partie du début de ma vie avec mon deuxième bébé. La naissance d’un enfant ne peut pas se reproduire. Je trouve ça dévastant d’avoir à subir la douleur la plus affreuse et gratuite que j’ai subie dans mes 27 ans de vie alors qu’elle pouvait très facilement être évitée et qu’elle n’était pas désirée. Je ne m’attendais pas à vivre de la violence obstétricale avec un suivi au sein de votre maison de naissance. Comme j’ai expliqué plus haut, je ne me sentais pas tout à fait en confiance avec elle durant l’accouchement, mais je ne m’attendais pas à ce geste violent.


Je pensais sincèrement qu’en tant que sage-femme québécoise, ce n’était pas quelque chose d’étranger. Je pensais qu’elles avaient, de façon générale, une philosophie commune où le respect des familles étaient à la base de leur pratique leurs préoccupations et de leurs valeurs.

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